Ce que nous avons à apprendre de Jon Jones en matière d’intervention de crise

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Publié 8 juin, 2017

Le 6 juin 2016, quelques jours à peine avant l’un des combats les plus médiatisés de l’UFC, le vice-président de la santé et de la performance des athlètes de l’UFC a annoncé en point de presse que Jon Jones, ancien champion des poids mi-lourds, n’affronterait pas le champion en titre Daniel Cormier parce qu’il avait échoué un test antidopage.

Jones a eu droit à une suspension d’un an, qui est toujours en vigueur, mais l’UFC a déjà annoncé qu’il affrontera Daniel Cormier pour la ceinture à l’occasion de l’UFC 214. À la suite de la conférence de presse relative à l’UFC 214, les fans ont acclamé le retour de Jones et l’on s’attend à ce que ce combat soit le plus regardé de toute l’histoire de l’UFC.

Comment cela a-t-il pu arriver? Comment celui qu’on a accusé de tricher et qui a des antécédents de scandales publics a-t-il pu rétablir sa réputation et regagner la confiance et l’admiration des fans? En réponse aux allégations de l’agence américaine antidopage (USADA), Jones a respecté plusieurs règles de l’intervention de crise : il a pris les devants, il a fait preuve de sincérité, d’honnêteté et d’authenticité; et ses déclarations dont demeurées cohérentes.

Au départ, l’annonce concernant le test antidopage laissait présager la fin pour cet ancien champion. Après avoir été retiré auparavant d’un autre combat contre Cormier pour avoir consommé de la cocaïne et s’être vu infliger une peine de probation pour un délit de fuite non mortel, cette dernière épreuve avait, pour les fans et l’UFC, toutes les allures d’un coup fatal. La présidente de l’UFC, Dana White, l’a même évoqué en affirmant que Jones « ne serait plus jamais une tête d’affiche ».

Moins de 24 heures après l’annonce concernant la présence de substances augmentant la performance, Jones a clamé son innocence. Il avait les yeux vitreux, sa voix cassait fréquemment et il a fondu en larmes à quelques reprises. C’était un côté de l’athlète que le public avait rarement vu auparavant. Connu pour son parcours sans faute et son attitude arrogante, Jones, qui avait remporté son premier championnat de l’UFC à l’âge de 23 ans (le plus jeune champion de tous les temps), était désormais un paria et un tricheur. Il perdrait non seulement la rémunération dans les six chiffres que lui aurait value l’UFC 200, mais il risquait une suspension de deux ans. Son moyen de subsistance était en jeu, mais peut-être plus important encore, sa réputation était en ruines; il était temps que ce combattant possédant des capacités si exceptionnelles soit accusé de tricherie; son talent surnaturel était probablement attribuable à l’usage de stéroïdes.

Dès le départ, Jones se disait innocent, arguant que soit les résultats du test étaient erronés ou soit il avait pris un supplément sans le savoir. Dans un cas comme dans l’autre, Jones ne serait pas coupable de cette tricherie alléguée et subirait une punition plus clémente, le cas échéant. Également, sur le plan de l’opinion publique, l’une ou l’autre de ces deux explications aurait pour effet d’exonérer l’athlète et de rétablir sa réputation.

En répondant aux questions des journalistes, Jones a dû s’arrêter à plusieurs reprises pour se ressaisir et essuyer ses larmes. D’une voix tremblante, il s’est excusé auprès de ses fans et des détenteurs de billets, a parlé des nombreux échelons qu’il aurait à gravir de nouveau pour prouver la légitimité de ses victoires. Il s’est aussi excusé auprès de son adversaire, Daniel Cormier. Jones s’est complètement effondré, réussissant à peine à prononcer les mots « je suis désolé » tout en essuyant ses larmes. Cormier, ancien lutteur olympique de 38 ans reconnu pour son professionnalisme et son positivisme, a été un excellent faire-valoir pour le petit arriviste de Jones. À 29 ans, Jones était connu pour ses frasques et ses critiques envers ses adversaires (il s’est vanté d’avoir battu Cormier « une semaine après avoir fait de la coke »). Mais ce moment de vulnérabilité a permis au public de se rapprocher de Jones et de comprendre sa détresse; il a donné de la crédibilité à l’histoire.

En fin de compte, Cormier a pardonné Jones. Il a dit que l’ancien champion était leur seul adversaire qu’il souhaitait vraiment affronter et qu’il attendrait la fin de sa suspension pour ce faire. Cormier a ainsi aidé les fans délaissés à pardonner Jones; ils voulaient voir le combat, ils avaient payé pour le voir et ils pourraient toujours y avoir accès, mais simplement à une date ultérieure.

Tous au long du processus – le premier point de presse, les semaines de reprise des tests antidopage avec d’autres échantillons sanguins et d’autres suppléments, puis l’exonération –, Jones a maintenu sa version des faits. Bien que certains éléments aient été révélés lentement (par exemple le fait que les résultats positifs étaient attribuables à l’utilisation de médicaments sans ordonnance visant la dysfonction érectile), l’idée principale est demeurée constante : Jones n’avait pas utilisé de substance augmentant la performance et n’avait pas triché, et les résultats étaient forcément le résultat d’une quelconque erreur humaine. Jones n’avait pas à gérer plusieurs mensonges. Il a plutôt communiqué au public ce qu’il savait et il se savait innocent.

En respectant ces trois principes – donner sa version des faits sans tarder; faire preuve de sincérité, d’honnêteté et d’authenticité et ne pas déroger de son message –, il a été en mesure de retourner à l’AFC sans que sa réputation ne soit trop affectée. Lors de la conférence de presse annonçant le retour de Jones, les fans ont acclamé ce dernier et hué Cormier. La reprise du combat n’aura lieu que dans quelques mois (et Jones a encore le temps de faire des bêtises), mais il semble que toutes les parties soient prêtes à repartir à neuf et à donner une deuxième chance à l’ancien champion. Si Jones n’avait pas suivi ces règles d’intervention de crise, il pourrait bien ne pas être en train de se préparer en vue du combat de l’UFC 214 et il pourrait même être tout simplement exclu de l’UFC.

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